Certains scientifiques estiment que l'on peut établir une corrélation entre l'augmentation des phénomènes climatiques extrêmes et le réchauffement global de la planète.
par Claire de NARBONNE
Oui. Les tempêtes augmentent quand le climat s'échauffe.
Pour Robert Sadourny qui a dirigé le Laboratoire de météorologie dynamique et enseigné à l'Ecole normale supérieure et à l'Ecole polytechnique, à Paris, la question semble entendue : « Il est tout à fait clair que les événements d'amplitude exceptionnelle comme les grandes tempêtes ou les inondations deviennent plus violents et plus fréquents quand le climat s'échauffe. C'est cette succession de phénomènes extrêmes qui peut nous porter à croire qu'en effet, d'une certaine manière, le climat est devenu, devient “fou”. »
L'affirmation du lien entre l'échauffement global et la violence ou le nombre des catastrophes naturelles locales se fonde sur l'observation de l'évolution des paramètres affectant particulièrement telle ou telle région. « Peu à peu, le consensus se fait sur la réalité d'un début de changement dans lequel l'activité des hommes jouerait bien le premier rôle et qui serait pour l'essentiel un échauffement lent, progressif, de la planète, sensible seulement sur le long terme, mais dont les dérèglements météorologiques locaux, les phénomènes violents observés çà et là, pourraient être des signes prémonitoires », explique Robert Sadourny.
Sous un autre angle, celui de la prospective économique, on se préoccupe aussi de la question de ces corrélations. Premières concernées : les compagnies d'assurance ! Jean-Louis Fellous, qui fut président du Comité mondial des satellites d'observation de la Terre et secrétaire du Comité français des recherches sur les changements globaux, cite une étude publiée en 2002 par le Programme des Nations unies pour l'environnement, en partenariat avec 295 institutions financières dans le monde : « Les pertes dues aux catastrophes naturelles du type de celles qui seront associées au changement climatique doublent tous les dix ans. A ce rythme, elle atteindront 150 milliards de dollars d'ici à 2010. » Un élément de plus, même s'il n'est que prospectif, pour les responsables de l'anticipation et de la prévention... Telle est la difficulté de l'exercice : une navigation entre des certitudes relatives et des incertitudes nettement moins relatives actuellement, ce que résume ainsi Jean-Louis Fellous : « A très long terme, l'altération du climat aura des conséquences irréversibles et catastrophiques dans tous les domaines. La difficulté est qu'on ne peut crier au loup tous les jours en agitant le spectre d'un cataclysme climatique dans cinq siècles. C'est de nos choix présents de société, de la poursuite ou de l'inflexion du volume et des modes de notre consommation d'énergie que dépend l'ampleur des impacts pour les générations futures. » Les membres du GIEC (voir ci-contre) y travaillent sans relâche et leur prochain rapport est attendu en 2007 .
Le réchauffement climatique
Depuis 10 000 ans, assurent les experts, l'équilibre thermique de la planète a globalement assuré un climat « relativement clément ». Mais cet équilibre semble s'être brutalement modifié conduisant à des perturbations sur les origines desquelles le consensus scientifique est loin d'être acquis.
C'est au cours des années 70 que des chercheurs établissent une relation entre l'augmentation du gaz carbonique (CO2) dans l'atmosphère et le réchauffement climatique. Mais le scepticisme est encore général. Dix ans plus tard, l'inquiétude engendrée par des températures en très forte hausse conduit à de fructueuses recherches : l'analyse des carottes glaciaires extraites en forages profonds de l'Antarctique confirme bien, dans le passé, la corrélation entre concentration de CO2 et température de la Terre.
La communauté scientifique internationale se mobilise. En 1988, le Groupement intergouvernemental des experts pour l'évolution des climats (GIEC) voit le jour.
En 1990, le premier rapport du GIEC est prudent : « Impossible d'affirmer que le réchauffement moyen de 0,6 % du siècle dernier est ou non la conséquence de l'augmentation des GES (gaz à effet de serre), mais [...] le climat va se réchauffer. » En 1995, concentré sur l'impact de l'activité humaine, le GIEC conclut : « Un faisceau d'éléments suggère une action perceptible de l'homme sur le climat. » Prudence encore. Mais, depuis 2001, le GIEC confirme que le réchauffement de la seconde moitié du XXe siècle ne peut s'expliquer sans faire intervenir l'augmentation des GES, et donc l'activité humaine.
La question est maintenant de savoir quels sont et seront les impacts que cette intervention humaine peut engendrer sur les évolutions climatiques. Un sujet capital, mais hautement incertain. Les scientifiques, qu'ils soient convaincus ou non du lien entre réchauffement climatique et catastrophes naturelles, demeurent des gens prudents et mesurés. L'important, ici, n'est pas de pencher pour le oui ou le non, mais de prendre la mesure des incertitudes en cours.
Climats : comment ça marche ?
D'un côté, le Soleil qui chauffe la surface de la Terre. De l'autre, la surface de la Terre qui dégage à son tour de la chaleur sous la forme d'un rayonnement infrarouge. Nombre de gaz naturellement présents dans l'atmosphère (vapeur d'eau, gaz carbonique, méthane, ozone...) « absorbent » alors une partie de cette chaleur, produisant un « effet de serre » naturel.
Mais cet équilibre se modifie sous l'effet des révolutions industrielles et agricoles qui produisent et consomment des masses énergies génératrices de gaz naturels comme le gaz carbonique mais aussi de gaz « non naturels » stagnant dans l'atmosphère. L'accumulation de tous ces gaz qui « bloquent » le rayonnement infrarouge provoque un rayonnement supplémentaire induisant, par effet de serre non naturel cette fois, un chauffage additionnel de la surface de la Terre.
Quelles conséquences ?
Outre l'impact de l'augmentation des gaz à effet de serre, des milliers d'autres paramètres entrent dans les causes des variabilités climatiques. Exemple : les mers et les océans qui constituent 70 % de la planète contribuent certes au ralentissement du réchauffement, mais on n'en connaît pas encore parfaitement tous les mécanismes d'évolution. Un fait cependant est certain : Nord, Sud, pays pauvres, pays riches, c'est toute la planète qui est concernée puisque toutes les interactions climatiques s'y répercutent. Les nuages ignorent les frontières.